Ferrucio Lamborghini aurait eu 105 ans

Fils d’agriculteur, il a délaissé la terre au profit de la mécanique en commençant par les tracteurs. Un parcours hors du commun caractérisé par une détermination sans faille.

Ferruccio Lamborghini est né à Renazzo, un hameau de la commune de Cento (province de Ferrare), le 28 avril 1916. Fils aîné d’Antonio et Evelina Lamborghini, qui étaient agriculteurs, son destin semblait scellé, car la tradition voulait que le premier-né de sexe masculin hérite de l’exploitation familiale. Mais le jeune Ferruccio était plus attiré par la mécanique que par la terre, et dès sa plus tendre enfance, c’est dans l’atelier de la ferme qu’il préférait passer ses après-midis. Fidèle au caractère des personnes nées sous le signe du Taureau, Ferruccio était terre à terre, tenace et croyait fortement en ses idées. Alors qu’il n’était encore qu’un enfant, il parvint à se faire embaucher dans le meilleur atelier mécanique de Bologne, où il a fini par découvrir tous les secrets de la mécanique. Lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclata, Ferruccio, qui était devenu un mécanicien expérimenté et jouissait d’une très bonne réputation, fut enrôlé et envoyé au 50e Parc de manutention de la flotte motorisée mixte, stationné sur l’île de Rhodes et en charge de l’entretien de tous les véhicules militaires présents sur l’île, y compris des camions diesel et des tracteurs utilisés pour remorquer les avions. Alors que la guerre sévissait et voyait les dominations alterner au gré des combats, Ferruccio parvenait à réparer (et parfois aussi à casser, comme il le rappela plus tard) des véhicules appartenant aux Italiens, aux Allemands et aux Anglais. C’est à Rhodes, juste après la fin de la guerre, qu’il ouvrit sa première entreprise, un petit atelier de réparation mécanique.

Tracteurs bricolés

Il revint en Italie en 1946 et, bénéficiant de mesures incitatives mises en place pour soutenir la reprise économique, il ouvrit un atelier mécanique à Cento, où il réparait des véhicules motorisés et construisait de petits véhicules utilitaires. Alors qu’il était à l’œuvre dans son échoppe et faisait le constat de la crise qui touchait l’agriculture locale, tout en repensant aux tracteurs qu’il avait réparés à Rhodes, Ferruccio Lamborghini développa son idée : construire des tracteurs agricoles bon marché, accessibles pour les petits propriétaires terriens, en utilisant les pièces de véhicules militaires réformés. Le premier véhicule qu’il transforma fut un camion Morris, auquel Ferruccio, en plus des modifications principales, ajouta un vaporisateur de carburant de sa propre invention. Sa création fut présentée en ville le 3 février 1948, à l’occasion de la fête du saint patron de Cento.

Il en vendit onze exemplaires. Fort de son succès, Ferruccio Lamborghini revêtit alors la casquette d’entrepreneur et, afin d’acheter de nombreux moteurs de Morris 1000, il s’endetta auprès de la banque, utilisant tout ce qu’il avait en guise de garantie, y compris, avec l’accord de son père, la ferme familiale.

Le taureau

Lorsqu’en 1963, alors qu’il comptait parmi les industriels les plus importants d’Italie, Ferruccio Lamborghini décida de construire les meilleures voitures de grand tourisme au monde. La nécessité de trouver un logo approprié pour les caractériser s’est ainsi imposée. Ses tracteurs avaient affiché jusqu’alors, sous le nom de Lamborghini, une marque très simple, de couleur argentée : un triangle avec les lettres FLC (Ferruccio Lamborghini Cento). Ferruccio contacta donc un célèbre graphiste local, Paolo Rambaldi, qui lui demanda quelles caractéristiques personnelles il pensait posséder. La réponse de Ferruccio fut la suivante : « Je suis tamugno (qui, traduit du dialecte, signifie dur, fort, entêté) comme un taureau ». La combinaison de cette description et de son signe du zodiaque a donné le jour à Automobili Lamborghini.

Supercar

Les innovations et curiosités techniques demeurent aujourd’hui encore la marque de fabrique de Ferruccio Lamborghini et de ceux -souvent les meilleurs ingénieurs de la planète- qui l’ont entouré. La Miura 1966 a réécrit l’histoire du Grand Tourisme, poussant les journalistes l’ayant testée à inventer un mot nouveau pour la décrire : Supercar. La Countach, créée en tant que prototype en 1971, était si avant-gardiste qu’elle était encore moderne en 1990, lorsque, après 17 ans de production et 1.999 unités sorties des ateliers, elle fut remplacée par la Diablo, qui allait devenir la première supersportive de Lamborghini disponible en quatre roues motrices.

Explorer de nouvelles voies

Cela fait maintenant de nombreuses années que Ferruccio n’est plus dans l’entreprise, mais son esprit basé sur la conviction que même le meilleur peut toujours être amélioré, ainsi que son désir d’explorer de nouvelles voies, sont restés intacts. L’année 2018 a marqué les débuts de l’Urus, le premier Super-SUV qui a ouvert un nouveau marché, puis en 2020 est arrivée la Sián, la première Lamborghini hybride, une automobile à 12 cylindres qui utilise des supercondensateurs pour emmagasiner et libérer de l’énergie électrique aussi rapidement qu’efficacement. Ferruccio, qui est décédé le 20 février 1993, en aurait été fier.

Frédéric De Backer
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