Interview Stéphane Peterhansel, « Monsieur Dakar »

Avec 14 victoires, 8 en auto, 6 en moto, Stéphane Peterhansel est l’incontestable maître du Dakar, qui se déroule actuellement en Arabie saoudite. Pour la première fois, le Français dispute l’épreuve au volant d’une voiture proche de la série, un Defender Octa engagé par l’usine Land Rover. Une expérience qu’il semble apprécier…

Cela fait quoi de se retrouver au volant d’une voiture quasiment de série, après avoir gagné autant 8 fois au volant de prototypes surpuissants ? Cela nécessite une conduite différente ?

Oui, complètement différente ! Et puis surtout, j’ai l’impression d’être un peu de retour aux sources. Quand le Dakar a commencé il y a 45 ans, il n’y avait pas de prototype. Tout le monde prenait une voiture de série, la préparait un petit peu et essayait de terminer. Ici, on est un peu dans cette configuration. C’est un challenge complètement nouveau pour moi, mais c’est un beau challenge porté par Defender, une vraie marque de voitures d’aventure et de tout-terrain. Elle a une vraie raison de faire ce Dakar ! Moi, je suis super heureux de les accompagner et d’essayer de faire le mieux possible en leur apportant mon expérience.

Est-ce aussi un défi sportif ?

Oui, c’est vrai que c’est un challenge, parce que je me retrouve au milieu de la meute, et pas avec les mêmes capacités qu’avec un prototype. Mais c’est intéressant à conduire, la voiture est plaisante. Donc on va essayer de l’amener tous les jours à la fin de chaque étape, et sur le podium à l’arrivée.

Comment jugez-vous l’évolution du Dakar tout au long de ces années ?

C’est de plus en plus devenu un sprint. Avant, c’étaient des longues distances, une vraie grande aventure. La navigation était beaucoup plus compliquée, les gens se perdaient parfois pendant 6 heures ou même un jour entier au milieu du désert. Aujourd’hui, on peut se perdre, mais maximum 5 minutes ! On avait bien plus peur à l’époque : si on manquait une information du roadbook, on n’avait aucune possibilité de savoir où nous étions exactement. Maintenant, on ouvre google maps et on le sait directement !

Vous êtes-vous vraiment perdu dans le passé ?

Oui, j’ai passé quelques nuits entières dans le désert. Surtout à moto, quand j’ai commencé !

Avez-vous eu peur ?

Si vous aviez un accident au milieu de nulle part et que personne ne vous a vu, vous ne pouviez pas être secourus. Vous deviez compter sur la chance, attendre de voir si quelqu’un passe par le même chemin que vous, et non pas sur une route parallèle. Heureusement, la sécurité a beaucoup changé. Quand j’ai commencé, il n’y avait pas de GPS, on utilisait juste une boussole, comme sur un bateau. Mais année après année, on a développé des système de géolocalisation, donc plus de sécurité.

Malgré les difficultés, on imagine que vous gardez de bons souvenirs de votre passé sur le Dakar ?

Oui, j’ai gagné 14 fois donc comment ne pas garder de bons souvenirs !? Personnellement, je n’ai presque que de bons souvenirs. En revanche, j’y ai perdu beaucoup d’amis. Il y a quelques années, un journaliste m’a demandé qui étaient mes rivaux quand j’étais à moto. Je lui ai cité 5 noms… dont 3 sont morts en course. C’étaient 3 anciens gagnants, donc de très bons pilotes. J’ai donc vécu beaucoup de mauvais moments aussi, à cause de ces accidents.

Vu le danger, qu’est-ce qui vous fait revenir chaque année ?

C’était beaucoup plus dangereux à moto. Aujourd’hui, en voiture, on est bien plus en sécurité. Et ce qui nous fait tous revenir, c’est l’adrénaline, c’est très excitant de disputer un Dakar, même en Defender de série !

Propos recueillis par Stéphane Lémeret