GILBERTE THIRION

La pionnière

Même s’il y eut bien une certaine Madame Mertens, dont on sait qu’elle prit la deuxième place au Rallye de Monte Carlo 1925, la véritable pionnière belge en sport auto fut la Bruxelloise Gilberte Thirion.

Le sexe dit faible monta enfin en piste mais on était loin de lui réserver un accueil enthousiaste. D’ailleurs, après la mort d’Annie Bousquet, les pilotes féminines furent interdites de compétition dans la plupart des épreuves françaises dont les 24 Heures du Mans, et ce jusqu’en 1971. Le sexisme était au pouvoir.

Gilberte Thirion naquit le 8 janvier 1928 et décéda 80 ans plus tard à Uccle. Polyvalente, elle brilla dans toutes les disciplines du sport automobile au cours d’une carrière s’étalant sur un peu plus de cinq ans seulement. Elle se construisit un palmarès de grande qualité, salué par le Trophée National du Mérite Sportif qu’elle obtint en 1956 après avoir remporté le tout premier Tour de Corse, couru dans des conditions climatiques difficiles. Elle était en pleine possession de ses moyens sportifs mais elle décida, contre toute attente, de mettre un terme à sa carrière professionnelle en 1957. Quelques mois plus tôt, son ancienne équipière, Annie Bousquet, se tua lors des 12 Heures de Reims, et après quelques mois de réflexion, la Belge décida d’en rester là.

L’éclectisme d’une championne

Fille d’une mère mannequin et d’un père industriel prénommé Max, passionné de sport automobile, elle épousa Roger Merle le 30 avril 1957 à Cannes. De cette union naquit une fille. De son deuxième mariage, elle eut deux enfants. Merle, son premier mari, était un fervent amateur de compétition sur quatre roues. Très proche d’Olivier Gendebien, Gilberte était considérée comme une véritable championne, capable de rivaliser avec les hommes. Ce n’est pas un hasard si elle a entretenu une véritable amitié avec Juan Manuel Fangio qui appréciait son style, sa combativité et sa compétitivité. D’ailleurs, son palmarès plaide en sa faveur. Des victoires, que ce soit en rallye, en circuit ou en courses de côte, elle en empila à foison, principalement au volant de Porsche 356, de Mercedes 300 SL, de Gordini et de Renault Dauphine.

Une volonté de fer

Eclectique, elle se fit une véritable réputation dans un domaine particulièrement masculin. Ses chronos, sa volonté de fer et son éternel sourire ravageur lui permirent de valider une image de battante au volant sans perdre un iota de sa féminité. C’est ainsi qu’on la vit au Tour de Belgique, aux 24 Heures de Spa, aux Routes du Nord, au Tour de France, aux 12 Heures de Huy, aux Mille Miglia, au Tour de Corse, aux 1000 Km de Monza, de Paris et du Nürburgring, aux 12 Heures de Reims et même aux 24 Heures du Mans où elle fut engagée par l’équipe Gordini aux côtés d’André Pilette.

Sa mémoire a été magnifiquement entretenue par un véritable afficionado. Qui mieux que Jacques Mertens peut évoquer la championne belge ? Alors que Gilberte venait de tirer un trait sur sa carrière sportive, Jacques écrivit ceci :

« J’éprouvais pour elle l’admiration intense de l’homme en devenir. A mes yeux, elle représentait la féminité triomphante et le tumulte de la compétition. »

Le cadeau de son père

Le père de Gilberte, grand amateur de voitures de sport, avait déjà participé, avant la deuxième guerre mondiale, au Liège-Rome-Liège et au rallye du Maroc. Pas de doute, la pomme ne tomba pas très loin de son arbre. A 19 ans, elle entama des études de secrétariat et une fois son diplôme en poche, elle devint rapidement la responsable des relations publiques de la marque Champion, dont Max Thirion était le représentant en Belgique.

Jacques Mertens poursuit : « En 1952, Gilberte a 24 ans et elle se rend au Salon Automobile de Bruxelles avec son père. Elle y découvre le stand Porsche où la maison D’Ieteren expose une Porsche 356 particulière. Elle se prénomme Gmünd (de la ville où elle a été conçue) et elle est construite en aluminium, ce qui réduit son poids de 200 kilos par rapport à la concurrence. Max Thirion avait pour objectif d’acheter la voiture et de l’offrir à sa fille mais Pierre D’Ieteren refroidit l’enthousiasme de la famille Thirion. La Porsche Alu vient d’être achetée par un client gantois. Mais, coup de chance, le propriétaire fortuné n’apprécia pas du tout la conduite du bolide, la jugea dangereuse et beaucoup trop rapide. Ce n’est pas un bon choix pour promener ses jeunes conquêtes. Max Thirion propose de racheter la voiture, ce que le papy-séducteur accepte. Le père de Gilberte revient donc un soir à la maison au volant de la Porsche 356 Alu, bolide qu’il offre à sa fille. Ce sera le début d’une carrière phénoménale qui va durer cinq ans mais qui s’arrêtera aussi brutalement qu’elle n’avait commencée. »

Humble

Lors de l’attribution du Mérite Sportif, cette grande dame, restée humble, fut surprise de lire un concert d’articles particulièrement élogieux et précisa :

« Je lis tout ça, j’écoute tout ça et j’ai vraiment l’impression qu’on évoque quelqu’un d’autre. » Jacques Mertens eut l’occasion de rencontrer, à diverses reprises, son idole. Des moments de joie et de rire qui prirent fin le 21 mai 2008, lorsque Gilberte Thirion perdit la vie dans la maison de repos « Les Aubépines ». Alitée depuis plus d’un an, elle fut emportée par la maladie de Parkinson. Ses états de service en disent long sur la capacité qu’elle eut de vivre sa passion, sans prêter attention au sexe de ses adversaires. Avec le temps, elle fit quelques émules, à l’image de Christine Beckers, Yvette Fontaine, Nicole Sol, Fanny Duchateau, Vanina Ickx ou Sarah Bovy, une liste non exhaustive certes, mais qui se renouvelle difficilement.

Par Christian Lahaye

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