Pierre Vanherck : quand la canne se fait bijou

Dans le sous-sol de sa maison brabançonne, Pierre Vanherck fabrique d’authentiques œuvres d’art. L’une de ses créations a même été commandée par le Vatican pour le pape Benoît XVI.

En poussant la porte de l’atelier situé sous la maison de Pierre Vanherck, à Lillois, on ne se doute pas que sont réalisées ici des cannes qui se retrouvent dans les mains de personnalités comme le baron de Rothschild, Damso ou encore le pape Benoît XVI. Ni que les œuvres de ce Maître-artisan belge ont fait le voyage vers Tokyo, New Delhi et la place Vendôme à Paris. Il faut dire que rien ne prédestinait cet informaticien électromécanicien à concevoir des cannes pour les dandys du monde entier.

Changement de vie

« Je travaillais dans un centre de recherche où j’étais chargé de la mesure des coefficients de dilatation thermique des matériaux. A 38 ans, j’ai voulu changer de vie et j’ai commencé à réaliser des meubles contemporains. Puis, en 2003, la chance m’a souri. J’ai pu acheter un stock de bois précieux dont j’ignorais la destinée. Il est resté dans un coin de mon atelier, le temps que j’obtienne mon titre d’artisan d’art et de tourneur sur bois. Je me suis alors renseigné sur ce stock de bois précieux pour réaliser des objets destinés à être exposés au salon Artisanart de Bruxelles. Il se trouve que ce bois, datant de la fin du XIXe siècle, était destiné à réaliser des cannes de prestige. »

Métal en fusion

Il n’en fallait pas plus à Pierre Vanherck pour se lancer dans l’aventure et relever le challenge de ce difficile exercice. Car ici, tout est réalisé à la main, avec une précision d’orfèvre. « Chacune de mes cannes mesure 16 mm à la base et 21,2 mm en haut. Ce sont des dimensions déposées. » Mais ce qui a fait la renommée du Maître-artisan belge, c’est sa capacité à incruster du métal dans le bois. « C’est là que mon ancien job m’a aidé, car je connais parfaitement la dilatation des matériaux. J’ai donc eu l’idée de couler du métal en fusion dans le bois. Et grâce à une technique que je tiens secrète, le bois ne brûle pas dans l’opération. »

Un procédé secret

Pour ses pommeaux de cannes, Pierre Vanherck utilise des noix de Banksia, qui proviennent d’Australie. « Elles sont naturellement trouées, et après avoir dégrossi et tourné la noix, je coule mon alliage en fusion, trou après trou. Une fois que la température est redescendue, je remets la canne sur mon tour à bois où bois et métal sont tournés en même temps. Enfin, j’applique un procédé qui permet d’annuler les coefficients de dilatation. Je parviens ainsi à assembler des matériaux sans qu’ils ne s’influencent les uns les autres. »

Le Vatican au téléphone 

En 2006, Pierre Vanherck remporte le concours « La vitrine de l’artisan », puis tout s’enchaîne. Ses cannes sont d’abord vendues à l’hôtel Le Royal (5 étoiles) de Luxembourg, puis c’est l’un des barons de Rothschild qui lui passe commande en 2008. Il expose ses cannes à Milan sans se douter que, deux ans plus tard, c’est le Vatican qui allait lui commander une canne pour Benoît XVI. L’une de ses créations s’est même adjugée 48.000 dollars lors d’une vente aux enchères à New York. « Cette vente aux enchères m’a fait passer du statut d’artisan à celui d’artiste. Depuis, je fais des œuvres d’art à la demande et sur-mesure, notamment en rejoignant l’univers de l’horlogerie puisque j’intègre des montres à gousset de grande valeur à certains pommeaux de cannes. »

Comme des tableaux

Le confinement et l’absence de clients qu’il a entraîné a permis à Pierre Vanherck d’aller encore plus loin dans sa démarche artistique. Il a ainsi eu l’idée de présenter des cannes d’exception dans des cadres, comme des tableaux. « Le socle est mobile, de manière à faire tourner la canne pour mieux l’admirer, sous un éclairage adapté. »

Un triptyque que vous pourrez admirer au salon international d’art contemporain Art3f qui se tiendra à Bruxelles (Heysel) du 26 au 28 novembre prochains.

Par Frédéric De Backer
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